L’Autorité de Régulation des Marchés Publics (ARMP), la Direction Générale du Contrôle des Marchés Publics (DGCMP), la Banque mondiale et l’équipe du projet Télémo se sont retrouvées le mercredi 7 octobre 2026 dans un complexe hôtelier de Conakry pour une séance de travail consacrée à la passation électronique des marchés publics. Au centre des échanges : la mise en œuvre des recommandations de l’évaluation MAPS II, les fonctionnalités de la plateforme Télémo et les prochaines étapes du déploiement du système national d’e-GP.
La rencontre intervient dans un contexte marqué par l’accélération de la dématérialisation de la commande publique en Guinée. Depuis l’entrée dans la nouvelle phase d’utilisation de Télémo en septembre 2026, les acteurs du système s’emploient à identifier les ajustements nécessaires pour consolider la plateforme, accompagner ses utilisateurs et préparer son passage à l’échelle.
Les discussions ont notamment porté sur la soumission et la signature électroniques, l’archivage numérique, la transparence des procédures, le traitement de bout en bout des marchés ainsi que les priorités à retenir pour poursuivre le développement du système.
Présent aux travaux avec des cadres de l’ARMP, le Directeur Général, Dr Mohamed Diallo, a insisté sur la nécessité de sortir d’une approche fragmentée des réformes. Pour lui, la transformation numérique doit désormais s’appuyer sur une gouvernance clairement définie et une feuille de route commune à l’ensemble des acteurs.
« On a un système qui est là, qui a pris le départ. On est en train de prendre le taureau par les cornes. Certes, on n’a pas encore atteint le niveau de maturité que nous voulons dans le cadre de la digitalisation », a-t-il expliqué.
Le Directeur Général de l’ARMP a notamment relevé les besoins en formation, les ajustements du processus, l’adaptation des structures et l’évolution du cadre juridique. À ces défis viennent s’ajouter les recommandations issues de MAPS II et les observations recueillies auprès des autorités contractantes dans l’utilisation quotidienne de Télémo.
Pour y répondre, l’ARMP travaille sur une vision stratégique à cinq (5) ans couvrant plusieurs dimensions de la réforme : gouvernance, digitalisation, cadre juridique, professionnalisation, implication du secteur privé, société civile et modernisation institutionnelle. « Il faut qu’on se retrouve, qu’on fasse un document national et qu’on définisse les organes de gouvernance pour la mise en œuvre de ces activités. Il ne faut pas qu’on soit éparpillés », a plaidé Dr Mohamed Diallo, qui souhaite la tenue d’un atelier national réunissant l’ensemble des parties prenantes, y compris le secteur privé et la société civile.
Cette démarche a trouvé un écho auprès de la Banque mondiale et de la DGCMP. Abdoulaye Keita de la Banque a souligné l’importance d’aller au-delà des orientations stratégiques de MAPS II pour construire un véritable plan d’action opérationnel.
Selon lui, ce document devrait préciser, pour chaque recommandation, les activités à réaliser, les structures responsables, les coûts, les sources potentielles de financement et le calendrier d’exécution.
« La chance que nous avons, c’est que le diagnostic est partagé. Les acteurs sont connus et tout le monde est véritablement d’accord sur ce qu’il faut faire », a-t-il fait remarquer. La Banque mondiale s’est ainsi montrée favorable à l’organisation, après la mise en place des organes de gouvernance de la réforme, d’un atelier de plusieurs jours permettant de décliner les recommandations de MAPS II en actions concrètes et budgétisées.
Télémo : propriété de l’État et nouvelles fonctionnalités
Une large partie de la rencontre a été consacrée aux réponses de l’équipe Télémo aux préoccupations soulevées par les participants. Sur la propriété de la plateforme, l’équipe projet a tenu à lever toute ambiguïté : Télémo appartient intégralement à l’État guinéen. Le système peut donc évoluer en fonction des besoins nationaux sans dépendance vis-à-vis d’un prestataire pour la propriété du logiciel.
Les échanges ont également porté sur le développement des outils d’aide à la décision. Des tableaux de bord sont déjà en cours de conception afin de permettre, à terme, aux responsables de l’ARMP, de la DGCMP et aux autres décideurs d’accéder rapidement aux données sur les marchés publics : état des procédures, répartition des marchés, comportements des utilisateurs ou encore comparaison des performances.
L’ambition est d’aller progressivement au-delà de la simple dématérialisation pour faire de Télémo un outil de pilotage de la commande publique. D’autres chantiers restent ouverts. L’intégration des partenariats public-privé (PPP) fait toujours l’objet de discussions. Quant à la mercuriale des prix, elle n’est pas encore intégrée à la plateforme, contrairement au e-catalogue. Les participants ont estimé qu’elle pourrait, à terme, servir davantage d’outil de référence et d’aide à la décision que de mécanisme susceptible de bloquer les procédures.
L’équipe Télémo a par ailleurs insisté sur un autre levier jugé essentiel : la communication. Les campagnes déjà menées, notamment à travers la télévision nationale, auraient contribué à accroître sensiblement les inscriptions des entreprises sur la plateforme. D’où l’intérêt, selon l’équipe projet, d’inscrire durablement la sensibilisation et l’information des acteurs dans la stratégie de déploiement de l’e-GP.
Vers une gouvernance commune de la réforme
Clôturant les échanges, Madame Koulako Camara, de la Banque mondiale, a rappelé les travaux déjà engagés avec l’ARMP, la DGCMP et l’équipe Télémo autour des recommandations de MAPS et de leur transformation en activités susceptibles de bénéficier d’un financement. Elle a annoncé que les prochains échanges devraient notamment porter sur la nouvelle loi relative à la commande publique, dont un premier document de travail est en préparation.
Au terme de cette séance, une orientation se dégage : au-delà des performances techniques de Télémo, la réussite de la dématérialisation dépendra aussi de la capacité des institutions à travailler autour d’une gouvernance commune, d’un plan d’action partagé et de priorités clairement définies.
Pour l’ARMP et ses partenaires, l’enjeu est désormais de consolider les acquis, corriger les difficultés rencontrées et inscrire la transformation numérique de la commande publique dans une démarche coordonnée et durable.

